Pédagogies alternatives (Passées et actuelles ; autour du monde)

L’école démocratique

J’ai choisi une école où je suis enfin libre

Une idée

L’école démocratique, c’est une théorie, une philosophie de vie : il ne s’agit pas d’une école en particulier (même si celle de Sudbury est considérée comme un modèle pour beaucoup), mais d’une nouvelle idée de l’école. Les écoles démocratiques sont nées d’une réflexion, menée aux États-Unis et en Europe. Les origines de ce courant de pensée remontent au moins au XVIIème siècle, comme en témoigne notamment l’ouvrage de John Lock, « Pensées sur l’éducation », où il est un des premiers à déplorer que les apprentissages soient contraints et forcés, et à encourager au contraire un apprentissage mené par l’enfant.

Les pionniers

Plusieurs pédagogues reconnus à l’origine des pédagogies alternatives s’inspirent largement, et chacun à sa manière, de cette idée – l’enfant mène lui-même ses apprentissages. Il y eut au début du XXème siècle plusieurs expériences menées dans des classes d’écoles publiques, dans différents pays. Ces nouveaux modes de fonctionnement à l’essai s’inspiraient beaucoup de la pédagogie Freinet. L’idée de départ était de proposer une nouvelle approche au sein des classes, sans penser forcément à créer un nouveau type d’école. Toutefois, les observations menées auprès des « enfants testeurs », ont permis de poser peu à peu les fondements d’une nouvelle école. Les pères des écoles démocratiques ont commencé par se détacher des programmes et techniques formelles. Au contraire, ils avaient à cœur de créer un nouvel environnement plus propice aux apprentissages naturels, en proposant des environnements qui allaient provoquer la découverte et l’apprentissage, et en stimulant l’autogestion du groupe. Les 1ères expériences ont porté sur le langage : les enfants apprenaient en étant exposés à différents langages.

Les fondements de l’école démocratique

La plus ancienne école démocratique encore en activité aujourd’hui a été fondée en Angleterre en 1921 : Summerhill, par Alexander Neill. On y retrouve les principes fondamentaux de l’école démocratique : 

  • Les cours sont facultatifs ;
  • On apprend sans aucune contrainte ;
  • Les enfants décident eux-mêmes du déroulement de leur journée ;
  • La gestion de l’école est basée sur l’égalité des voix de ses membres ;
  • Les élèves établissent eux-mêmes les règles qui régissent l’école, après discussion commune ;
  • Une sorte de « cour de justice » se réunit chaque semaine, afin de résoudre les problèmes et de prendre des décisions tous ensemble. Enfants comme accompagnants participent à ces conseils.

Qu’on l’appelle école démocratique, école dynamique, ou même école du 3ème type (l’école du 1er type étant une école traditionnelle, l’école du 2ème type regroupant les écoles utilisant des pédagogies actives), on parle bien toujours du même concept, avec des écoles fondées sur les mêmes principes de base que nous venons d’énumérer.

Le modèle : Sudbury

Dans les années 60, il y eut aux États-Unis une série de créations d’écoles inspirées de Summerhill. La plus célèbre est la Sudbury Valley School, qui fut fondée en 1968 par un couple d’anciens universitaires. Cette école inspira bon nombre d’écoles démocratiques en France (et notamment celle de Ramïn Farhangi). Les enfants y sont considérés comme des individus uniques, et des êtres humains à part entière, indépendants de leurs parents – ils ne sont pas inférieurs parce que ce sont des enfants. Toutes les écoles démocratiques n’ont pas forcément le même type de fonctionnement, mais elles partagent les mêmes principes fondateurs. On peut distinguer des écoles « type Sudbury », et d’autres : c’est le principe même de la démocratie. On trouve également des écoles classiques qui expérimentent dans une ou plusieurs classes un fonctionnement démocratique (en France, le Lycée autogéré de Paris ou le Lycée expérimental de St Nazaire).

Comment fonctionne une école démocratique ?

Le fondement de l’école démocratique, c’est que les élèves choisissent eux-mêmes ce qu’ils vont faire de leur journée, en fonction de leurs centres d’intérêt et de leur humeur du jour. Ils s’impliquent et réfléchissent sur quelque chose qui les stimule. Rien n’est obligatoire. Il n’y a pas de programme prédéfini à suivre, pas d’emploi du temps auquel se conformer. Chaque matin en arrivant, chacun est libre de décider de ce qu’il va faire de sa journée, de choisir à quoi il va employer son énergie. Cela donne lieu à une grande diversité d’expériences d’apprentissages, et permet aux enfants de s’enrichir par le contact, les différences d’âge et d’horizons sociaux, les richesses des individualités. Ils apprennent à coopérer et s’entraider. Ce système favorise également la prise d’initiatives chez les enfants. Par exemple, il n’y a pas de cantine, on amène son repas ou on le fait soi-même sur place quand c’est possible. Il n’y a pas non plus d’horaire fixe, il faut simplement, pour des raisons de sécurité, pointer quand on arrive et signaler quand on part. Les enfants ont à leur disposition nombre de livres, matériels divers et jeux vidéo, et peuvent demander aux adultes aidants ce dont ils ont besoin si ce n’est pas déjà présent dans l’école. Les adultes ne sont aucunement des figures d’autorité, ils sont là, à disposition des enfants, pour les guider si besoin et répondre à leurs questions. On les appelle « encadrant » ou « facilitateur ». Ils guident les enfants dans leurs responsabilités (exemple : « la vaisselle n’est pas faite »).

Une école autogérée

L’implication des jeunes élèves se situe aussi au niveau de la gestion de l’école en elle-même. Les enfants participent aux conseils d’école et peuvent en convoquer un si le besoin s’en fait sentir. Chaque école a son propre règlement, établi par les élèves et les adultes, lors de différents conseils. Tout manquement au règlement fait l’objet d’une réunion, dont le nom varie selon chaque établissement (« conseil de justice », « conseil de médiation », etc). Aucun oubli de comportement ne passe à la trappe. Toutes les décisions sont prises par le vote, et chaque membre de l’école participe au vote : c’est une organisation horizontale, sans supériorité, où l’opinion d’un enfant compte autant que celle de l’adulte.

Un exemple en France : Ramïn Farhangi et l’Ecole Dynamique de Paris

Fasciné par le mode de fonctionnement de Sudbury ainsi que par les succès académiques et professionnels de ses élèves, Ramïn décida de créer cette école à Paris à la rentrée 2015. Son idée était de fonder une école qui :

  • Garantisse aux enfants les droits et libertés fondamentaux garantis jadis aux adultes par la Déclaration des Droits de l’Homme ;
  • Permette aux enfants de devenir véritablement auteur et unique décideur de leur avenir et de leur vie. 

Selon Faranghi, les écoles démocratiques visent « l’excellence humaine ». Son école dynamique fonctionne comme une microsociété basée sur les valeurs de la démocratie. Regroupant au départ une vingtaine de membres âgés de 3 à 16 ans, les principes fondateurs de Sudbury y sont préservés et garantis. En toute confiance, les enfants comme les adultes encadrant sont libres de faire ce qu’ils veulent de leur journée au sein de l’école.

Les bénéfices d’un tel mode de fonctionnement

Les élèves rapportent un bien-être général, loin des notions négatives qui ruinent une scolarité classique : il n’y a pas de pression de la réussite pour s’assurer un avenir, et donc pas de compétition, pas de rivalité, pas de jugement, pas de harcèlement. Ils coexistent ensemble, avancent ensemble, dans le respect des goûts et des rythmes de chacun. Ils n’apprennent pas sous la contrainte, et les rapports entre enfants, et entre adultes et enfants, sont basés sur les principes de la CNV (Communication Non-Violente) de Marshall Rosenberg.
Les élèves interviewés rapportent tous apprécier énormément la liberté de choisir de concentrer leur temps et leur énergie à des sujets qui les intéressent et les passionnent. Ils se sentent entendus dans leurs goûts et leurs envies, et se voient ainsi offrir la liberté et les moyens pour pousser plus loin leur exploration de ce qu’ils aiment – que cela révèle des arts, des sciences, de l’histoire, du sport, des jeux vidéo, etc – et sans qu’aucune notion de hiérarchie soit présente : un scientifique ne vaut pas plus qu’un artiste par exemple. Chacun est différent, s’enrichit de cette diversité, sans que l’un soit meilleur que l’autre. Ce mode de fonctionnement permet aussi à chaque individu, contrairement aux écoles classiques, de s’exprimer dans toute son unicité. On ne nie pas, on ne cherche pas à effacer les différences, on fait au contraire ce qu’il faut pour les laisser s’exprimer et s’épanouir. C’est un système qui offre toutes leurs chances à tous ceux qui sont mis en marge du système. D’autre part, le fait de mélanger tous les âges (il n’y a pas de classe ou de niveau, mais un groupe unique), favorise la coopération entre enfants. Dans ces écoles, on respecte le rythme de l’enfant, sans lui imposer de programme qui l’entrave, et sans porter de jugement dans un sens ou dans l’autre : un enfant n’est ni en avance ni en retard, il avance simplement à son propre rythme.

L’école démocratique face aux critiques

Comme on peut l’imaginer, ce mode de fonctionnement est très critiqué, surtout en France où l’éducation à l’ancienne a la dent dure. Beaucoup pensent que les enfants laissés ainsi libres vont se contenter de jouer et n’apprendront strictement rien, mettant ainsi sérieusement en péril leur avenir. Pourtant, ainsi que le soulignent certains élèves des écoles démocratiques interrogés sur le sujet, choisir ce modèle demande du courage : il n’y a pas notamment de programme, et pas d’encadrement enseignant strict, qui rassure généralement beaucoup les parents. Intégrer une école démocratique, y inscrire son enfant, demande un certain lâcher-prise, une volonté d’aller de l’avant, de changer nos modes ancestraux de fonctionnement, de faire confiance (à nos enfants, à ceux des autres, aux parents, aux encadrants), de croire qu’un autre modèle de société et de communication humaine est possible. Il faut croire en l’enfant, en sa formidable soif de savoir, d’apprendre, en son goût inné de la vie, en ses capacités qui deviennent quasiment illimitées lorsqu’il n’est pas entravé par un système rigide et ultra-directeur, où on ne lui demande jamais son avis, où on ne l’écoute pas. Il faut croire en la libération de l’enfant, en sa capacité à s’autogérer, à prendre des initiatives, et à décider lui-même de son avenir. Le bonheur des élèves et des adultes des écoles démocratiques, ainsi que les succès universitaires et professionnels des anciens élèves de l’école Sudbury, entre autres, sont là pour prouver que c’est un choix qui ne ruine en rien l’avenir de l’enfant, bien au contraire.


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1 réflexion au sujet de “L’école démocratique”

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